Repères pour notre alimentation à la Maison de Partage

« La qualité que nous attribuons à ce que nous mangeons n’est pas sans rapport avec le respect porté aux autres : la terre, les paysans, les convives » (Jacques L.)

« Quand nous renonçons à quelque chose, nous laissons la place pour pratiquer d’autres choses » (Marie V.)

« Le lien précède le bien » (Frenz.)

Le texte ci-dessous est une première mise en mots résumant plusieurs réunions ouvertes à tous à la communauté. Il propose cinq axes, parfois contradictoires, parfois emmêlés qui parlent de nos perspectives en matière d’alimentation. Il se veut un outil de rencontre de l’autre, d’échange de savoirs et d’ouverture à la différence, plutôt qu’enfermement militant dans un modèle valable pour tous. Après relecture et  réappropriation collective, il pourrait nous guider dans une évaluation de chaque produit du fruitier.

 

  • En temps que « consom-acteurs », nous souhaitons encourager une agriculture respectueuse de la terre et des hommes.

Dans la mesure du possible (disponibilité, prix,…) nous souhaitons privilégier des produits dont  nous connaissons la qualité. Les soins apportés à la terre et à ceux qui la travaillent ne se satisfont pas de la présence d’un label bio… Certes, l’absence de pesticides et d’engrais de synthèse est un réel progrès, mais quelle est la valeur d’une tomate certifiée bio lorsqu’elle est produite en hiver et sous serre chauffée, en Espagne par des travailleurs immigrés exploités dans des cultures industrielles qui épuisent les nappes phréatiques ?

Dans notre environnement immédiat, des agriculteurs, des éleveurs se passionnent pour produire à échelle humaine des produits sains, locaux et saisonniers ; nous voulons les encourager dans nos actes quotidiens en développant autant que possible des contacts directs avec eux.

Pour certains produits (riz, café,…) des associations développent le principe d’achat groupé avec des  producteurs lointains et garantissent une certification citoyenne de respect de la terre et des hommes. Nous chercherons à les soutenir dans nos choix alimentaires.

  • Favoriser la dimension locale et saisonnière de l’alimentation

En cohérence avec une philosophie de l’ « ici et maintenant », nous privilégierons les aliments de proximité et de saison sans pour autant négliger l’équilibre alimentaire indispensable.

Depuis trente ans nous soignons et sommes soignés par un merveilleux potager, véritable école de vie, de travail en commun, de conscience, de relation à la nature et aux autres. Par inattention hélas, ses produits sont parfois dramatiquement négligés au profit des légumes préemballés du fruitier. Ne peut-il devenir une vraie priorité pour chacun de nous?

Nous avons déjà tissé des accords de longue durée avec des artisans et producteurs locaux, en reprenant les invendus de l’Epi Rebelle pour le pain, ou des Grosses Légumes (à prix de faveur mais sans discuter le contenu ou les quantités). N’est-ce pas un plus à développer que de permettre aux producteurs locaux de diminuer leurs pertes liées aux aléas de l’offre et de la demande en échange de produits de qualité à moindre coût ?

Comment par ailleurs élargir notre capacité d’autoproduction (poulailler, moutons, deuxième potager ?) Ne pourrait-on envisager le parrainage d’un animal, élevé, soigné à l’extérieur et consommé chez nous ? Dans le village même, nous rêvons à la remise en service du four banal… Production locale et convivialité peuvent souvent aller de pair… Il manque peut-être des mains…

  • Attentive à chaque convive

L’alimentation peut être pour chacun occasion d’écoute de soi et de l’autre plus qu’un acte de prosélytisme militant. Nous cherchons à respecter les besoins alimentaires de chacun que ce soit pour des raisons éthiques, diététiques ou médicales tout en laissant la possibilité aux divers cuisiniers d’exprimer leur créativité et leurs compétences.

Le respect du convive cependant passe par la recherche d’une nourriture saine et le refus de servir des produits excessivement trafiqués (limonade, …) tout en laissant à chacun le droit de la compléter à titre personnel sans s’exposer aux jugements normatifs. Le repas doit rester avant tout un moment de convivialité et de réjouissance : une nourriture goûteuse et revigorante est un outil important de la reconstruction de soi pour les personnes fragilisées.

  • Notre alimentation peut être l’occasion de cultiver une attention à développer, transmettre et recevoir une information toujours plus pertinente sur l’acte et le sens de se nourrir avec tout ce que cela induit (Comment est-elle produite ? A quel équilibre contribue-t-elle ? Comment l’utiliser, la conserver ?) Si nous connaissions mieux ce que nous mangeons, ne serions-nous pas plus enclins à modifier nos préférences alimentaires ?

 

  • Privilégiant la simplicité et la sobriété

Sobriété n’est pas tristesse… « Quand nous renonçons à quelque chose, nous laissons la place pour d’autres choses »

La réalité financière de notre association et celle de la majorité de nos résidents implique d’essayer de faire mieux avec moins. Avec peu de moyens, mais notamment moins de « dérivés animaux », et un peu plus de temps, il est possible de s’affranchir de la malbouffe et des grandes surfaces « low-cost ». Savoir comment se nourrir sainement et savoureusement pour moins de 4 euros, n’est-ce pas un bel apprentissage à proposer aux résidents parfois en dérive financière que nous accueillons ? De même, au cœur de l’été, prenons conscience de la violence pour le jardinier (et le comptable !) que constitue l’achat de légumes pendant que d’autres se flétrissent en terre ou au fruitier.

En ce sens, redécouvrons la saveur des menus de base populaires (« plats du pauvre ») d’ici et d’ailleurs… La sobriété induit un appel à nous contenter de ce qui existe, même au sein de l’hiver, mais aussi à diversifier nos modes de préparation, de conservation. Retrouvons également l’art de transformer et conserver les aliments que nous aurons produits ou reçus en trop grande quantité parce qu’ils sont le fruit d’une énergie déjà offerte qui mérite le respect. Le surgélateur ne doit plus être notre seul réflexe de conservation.

Dans nos achats, nous privilégierons les produits les moins transformés, comportant le moins d’additifs et de conservateurs possible. Nous préférons acheter la farine et les œufs pour faire un gâteau plutôt que le gâteau.