Libre participation

Il y a de ces mots-clé au Centre de Partage qui font partie à priori de notre univers, mais qui manifestement sont compris de façons très différentes selon les personnes et les situations…

Co-responsabilité, sobriété, libre-participation en font partie… Je voudrais vous partager ici mon regard personnel sur cette dernière notion…

La libre-participation est avant tout un cri du cœur de confiance et de lâcher-prise… Avec elle, je fais le pari de lâcher le contrôle des choses, des gens, de la vie… J’abandonne l’illusion de tout mesurer, quantifier, prévoir, analyser, pour faire confiance dans la bienveillance mutuelle, pour m’en remettre à plus grand que moi, « Nous », « la Vie », « Dieu », … que sais-je…

La libre-participation est aussi un acte d’hyper-conscience, bien éloigné de l’abandon de responsabilité… Il implique plusieurs étapes que je vous illustrerai par deux exemples.

Première étape : Pour celui qui propose le service, oser évaluer la valeur du service, son besoin et les exprimer avec simplicité et légèreté. Il n’est pas question de dire « vous donnez ce que vous voulez, je ne veux pas le savoir… », sous-entendu, je n’ose pas reconnaître la valeur de ce que j’offre, je suis gêné d’exprimer ma demande devant vous, de me positionner en vue d’un dialogue de cœur à cœur… Non… Si je veux favoriser la conscience dans ma relation à l’autre, je dois commencer avec moi-même et évaluer le plus clairement possible mes besoins.

Deuxième étape : donner la parole à l’autre et l’inviter à se positionner en conscience à partir de ma proposition. Là aussi, plusieurs aspects interviennent…

  • As-tu réellement les moyens de donner ce que j’attends ? Sans te mettre en porte-à faux, en danger ? Si en toute simplicité, en toute honnêteté, tu ne les as pas, ne t’inquiète pas… J’ai confiance que ce que ce dont j’ai besoin, si c’est juste, viendra par un autre biais.
  • Ce que je t’ai offert vaux-t-il à tes yeux le prix proposé ?
  • As-tu envie de donner plus pour marquer ton plaisir de ce que tu as vécu, ton envie de soutenir, pour me permettre de demander moins à d’autres ?
  • As-tu envie de donner moins pour exprimer une déception, un malaise ?

Tout un dialogue, un échange de sens peut alors naître…

Deux exemples concrets : la participation aux frais de séjour et aux tâches…

Pour les frais de séjour, au Centre de Partage, nous avons évalué jadis que le coût d’une nuitée à la communauté  (emprunts, énergie, entretien, divers…) revenait à 8€ environ (étape 1) Bien que la vie ait augmenté, nous couvrons ainsi nos frais depuis des années. L’estimation du prix coûtant est donc fiable. Lorsqu’un résident nous demande de revoir son prix de référence, nous lui demandons de mettre à plat ce qu’il a réellement actuellement pour vivre… Il n’a que peu ou même rien ? Il ne donne que peu ou même rien. Mais nous souhaitons qu’il puisse partir libre de toute dette, et nous l’invitons à regarder ses comptes avec réalisme. Combien il a par mois, moins son loyer, ses charges, ses dettes, ses frais médicaux, ses pensions alimentaires… Combien il reste par mois ? Moins l’argent pour les transports, vêtements et divers… Voilà ce qui reste pour manger… Divisé par 30 jours… C’est le budget alimentaire journalier et donc le prix de séjour journalier réel du résident… A partir de là, peut venir une adaptation en plus ou en moins selon le vécu, l’envie de soutenir le projet… Depuis plus de vingt ans nous fonctionnons ainsi et avons pu faire face à des dépenses importantes (toiture, salle polyvalente, achat de la voiture électrique…) Soit parce que de nombreuses personnes payent plus que le (très bas) prix de référence, soit parce que en cas de besoin, « la Vie » se ligue pour répondre à nos besoins… Et c’est cadeau…

Pour la participation aux tâches à la communauté, c’est la même chose.

La première étape est souvent pour nous difficile… Dire nos besoins, et les redire, les redire encore… Si chaque personne qui vit (prend ses repas à la communauté) donnait environ deux heures de sa journée, nous couvririons largement tous les besoins du lieu… Mais, bon Dieu ! qu’est-ce qu’il faut le dire et le redire !

La deuxième étape est plus sensible… As-tu honnêtement les moyens physiques, le moral, pour participer aux tâches communes pendant deux heures ? Comment respecter tes limites tout en ne te reposant pas excessivement sur les autres ?

Vient enfin la notion d’envie et de plaisir… Pour la cuisine, c’est relativement facile… trouver du monde pour préparer les bons plats qu’on va déguster ensuite est plus aisé, le bénéfice collectif semble immédiat… Pour le potager, ç’est déjà moins aisé, le désherbage ne produit pas un bénéfice immédiat, et pour le nettoyage, c’est le pire… On a toujours l’impression de nettoyer la crasse des autres ! Heureusement, bien d’autres motivations viennent prendre le relai : le soutien envers ceux qui  traversent un moment difficile, la solidarité, la coresponsabilité et pour quelques hyperactifs comme moi, le besoin de se dépenser utilement…

Mais c’est certain que là plus particulièrement peut s’exprimer silencieusement la « groumphtitude », l’insatisfaction et la distance…

L’idéal serait d’en prendre conscience pour le verbaliser et le dépasser…

Pleine conscience disions-nous ?

Pierre (texte personnel publié dans la Tchatche 52)